Ca y est. La voici enfin. La chanson du beau temps. Celle qui fait siffloter son air délicat et à la fraîcheur indéniable. Les choses semblent simples à l’écoute de telles chansons, comme si plus rien n’importait, juste siffloter au bon moment, taper des mains à la bonne intervalle, faire attention au léger canon vocal et lancer la guitare et l’harmonica.
Peut-être aussi est-ce un rapport avec le fait que les Born Ruffians chantent doucement leur hymne plein de nostalgie, cette petite ballade en deux actes montrant d’un côté une sobriété, une retenue, en opposition à ce refrain scandant « I’m a little garçon in my head » comme s’il suffisait de le chanter pour que cela soit vrai. Soit. Pendant quelques minutes laissons nous aller à cette douce mélodie, naïfs et hébétés, sous le soleil et la quiétude imperturbable. Juste pour quelques moments encore.
( ♫ ) Cloud Cult - No One Said It Would Be Easy [mp3]
Il est parfois des phrases comme ça que l’on retient. Des mots qui nous frappent et qui nous mettent à terre. D’où qu’elles puissent venir, ces mots nous obsèdent, nous hantent, parfois nous changent. Les séries américaines sont gonflées de ces phrases choc, de ces moralités tenant à la justesse d’un mot, à la finesse de sa consistance. « Nothing in this world that’s worth having comes easy ». Je n’ai jamais pu oublier cette réplique de Scrubs. Ils sont forts ces Américains.
Cette phrase résonne constamment comme un leit-motiv. La force des mots en devient sidérante et incompréhensible. Sublimée. Bien qu’elle sonne comme une de ces phrases que nos mères nous rabâchent pour nous inculquer les valeurs chrétiennes occidentales latentes, cette antienne me transcende pour ne jamais me quitter. Peut-être est-ce dû à mon incapacité chronique à croire. En moi. En vous. En nous. Peut-être est-ce dû à ma misanthropie masquant mon profond humanisme. Pour nous. Pour vous. Pour moi.
Alors lorsque Cloud Cult déboule, violons hurlants, guitares charmantes, chœurs glissants, avec ces notes de piano sibyllines, criant ce modeste « You’re a pretty human being », je craque. La force de ces mots simples. L’impact de ces simples phrases qui changent une vie. Sous ces aspects futiles, ce prosaïsme laisse découvrir cette plaie béante. Si j’avais trouvé dans ma vie ce que ces quelques mots signifient, peut-être pourrais-je me pardonner. De n’être que crève-cœur.
Les années 80 sont en vogue à une époque où l’électro se démocratise comme LA musique hédoniste par excellence. Epoque assumant pleinement le kitsch et se délectant sans moindre mesure de la délicatesse de la pop. Ce n’est que dans les années 2000 que la musique de New Order a pu trouver un véritable écho, et spécialement en cette année 2008 avec des artistes comme Calvin Harris ou encore Neon Neon qui rendent hommage à cette new wave bannie, pour être réhabilitée.
Genres honnis alors, le disco, la synth-pop furent le côté sombre de la new wave eighties. Aujourd’hui, celle-ci est célébrée et des titres comme “Far Away” leur rendent hommage. A grands renforts de sons vintages et de synthés criards, le trio australien s’en donne à cœur joie et cela se ressent et s’entend. Avec ces chœurs d’un autre temps, ces touches sonores fleurant bon le Bontempi, “Far Away” nous rapproche au près de la quintessence de la dance des eighties, époque où l’excès était la démesure de l’audace.
( ♫ ) The Young Republic - Girl From The Northern States [mp3]
La fille du nord de Bob Dylan, qu’il magnifie sur The Freewheelin’ Bob Dylan sorti en 63, était de celle que l’on n’oublie pas, celle dont l’absence hante, et dont la déchirure ne s’apaise pas avec le temps, mais qui fait peu à peu parti de soi. Aux cordes profondes et obsédantes, “Girl From The North Country” est une ode douce-amère sur ces souvenirs d’un amour déchu que Dylan découle mélancoliquement, en imaginant cette fille qu’il a connue autrefois, l’imaginant aujourd’hui comme si elle était encore autrefois.
La fille du nord des Américains de Young Republic est l’archétype de la jeune fille moderne. Citadine, futile, vive et libérée, cette fille se veut sans attaches. Cette fille c’est la société moderne. Simple, hédoniste et volage. “Girl From The Northern States” illustre parfaitement cette légèreté. Mais comme leur modèle assumé, Belle & Sebastian, les Young Republic usent d’une mélodie fine et enjouée, renforcée par des violons discrets mais savoureux, pour dépeindre cette fille insouciante, mais en renforçant ainsi cette instabilité émotionnelle.
En nous faisant danser l’esprit, cette douce ballade installe une mélancolie sous-jacente et insidieuse. La fille du nord de Dylan et des Young Republic sans être les mêmes, partagent cette similitude de semer une profonde nostalgie par son absence, qu’elle soit voulue ou non. Le bris d’un attachement, même non réciproque, est la douleur d’une émotion.
Difficile de passer à côté de Toumani Diabaté lorsque l’on parle de kora, instrument africain à vingt-et-une cordes. Maître du genre et référence inévitable, depuis plus de vingt ans, le Malien nous ensorcelle. Ces compositions lyriques et volatiles s’influencent non seulement de la musique de ces ancêtres, mais également de flamenco ou de la folk.
“Cantelowes” sonne effectivement à la fois latin et oriental, rondement mené par les doigts d’orfèvres de Toumani Diabaté. A l’allure vive et tranquille, cette mélodie multi-rythmique démarre crescendo, avec un épilogue hommage au mythique “Le Bon, La Brute et le Truand” d’Ennio Morricone, avant de plonger dans un jeu de cordes digne du folklore hispanique, au tempo faussement enlevé et à la légèreté remarquable.
Puis la chanson alors sombre dans une cavalcade de cordes aux cadences s’entrechoquant mais parvenant à garder une harmonie profonde, le rythme en bas-fond servant à soutenir la liberté des aigus. Par ces pirouettes techniques, cette mélopée irrésistible donne tout son sens à la world music. En faisant se croiser des atmosphères du monde entier, Toumani Diabaté dépersonnalise sa propre musique pour la distribuer à tous, preuve s’il en fallait d’un pragmatisme de grande classe.
En faisant revivre les ambiances jubilatoirement oppressantes et mélodiquement vintage des films mythiques de John Carpenter, les Français de Zombie Zombie ont par la même organisé un véritable petit road-trip revival dans les méandres de la nostalgie moderne. Celle de la naissance des machines qui nous sont indispensables, comme pour parcourir un album photo de notre petit bambin que l’on ne peut plus s’empêcher de voir grandir. Incontournable aujourd’hui, replonger dans les synthés kitschs précurseurs de l’électro est réjouissant.
En démarrage instantané sur ces sonorités mécaniques, Psychic Harmonia 2 nous fait découvrir son paysage dévasté à 100 à l’heure, mais en ligne droite. Pas de chicanes, pas de virages soudains, la ligne directrice de Zombie Zombie connaît son chemin. Quelques détours toutefois dans ces recoins inhabités où règnent encore toutefois les esprits de Kraftwerk et Brian Eno, nous rendent la vue plus familière, tout en nous dirigeant, sans que l’on trouve à redire, vers ces cimetières musicaux à tombeaux ouverts, reliques funèbres que l’on se refuse toujours à faire le deuil et que l’on profane encore et toujours pour ne pas avoir à passer à autre chose.
“Psychic Harmonia 2″ disponible sur l’album A Land For Renegades Sorti le 3 mars 2008 sur Versatile. [myspace] - [acheter l'album]
Derrière les grandes histoires de rues à la française se cachent bien trop peu souvent des grandes histoires de vécu. Derrière les flows les plus virils et les beats les plus belliqueux se révélaient la plupart du temps des arrivistes wannabe G. Alors le rap français se voulant à l’américaine, n’a pris d’américain que son aspect de « grand rêve », éveillé, dont il ne se relevait que par intermittence. Du burlesque à la blague parodique, ces grandiloquences de gangsta de quartier penchaient plus du côté du mythe que de celui du mic. Au grand dam du rap, la street-credibility vient fouiner et casser des beujs à tous ces racontards de bas étage. Conséquemment, privilégier la forme pour le fond s’en ressent sur ces flows incessants et indécents de songes de cités, chimères stigmatiques d’une génération en mal d’identité.
Plutôt que de crier la dureté relative de sa morale, BG Lolo et OGK de Southcide 13 préfèrent la remise à niveau. “Chasseurs” en dit long au travers de son déroulé rétrospectif sur fond west coast. En nous racontant leur histoire à eux, sans autre enjolivure que celle de l’art du rap. Celle qui contait alors des contes à dormir debout prend alors un pied-à-terre dans une réalité historique dont la continuité est encore palpable. “Chasseurs”, par ce pied-de-nez hommage à l’ancienne, permet au g-funk hexagonal de céder à l’attrait de l’après plutôt qu’à l’après de l’attrait.
“Chasseurs” disponible sur l’album Du Berceau À La Tombe Sorti en février 2008 sur 187Prod. [myspace] - [acheter l'album]
La génération nerd a définitivement supplanté la génération revival. Ou bien elle est sa continuation dans un sens. Le différence majeure étant de puiser leur inspiration dans d’autres référentiels communs. Le 8-bit, les mélodies épurées, les fausses destructurations et les raccourcis rythmiques sont des éléments novateurs, dans le sens où elles n’ont jamais été autant utilisées qu’à l’époque de la pop forcené actuelle, mais sont également des puissants artefacts de la mainmise d’une génération autodidacte et dictant désormais ses propres interprétations de la culture et de l’époque dont ils proviennent.
“The Melody” emprunte ainsi pêle-mêle à la naïveté de la pop music par cette mélodie simpliste et cette voix brinquebalante, pour être entrecoupée de passages à la fois concret et abstrait. L’insertion de riffs néo-punk rock suivies d’une coupure parasite marquent ce fourre-tout musical d’artistes ayant ingurgité sans ordre ni raison un amas d’influences sortant de leurs mains et leurs têtes comme ils sont rentrés : sans queue ni tête. Mais savamment plaisant.
Ça sonne comme Cat Power. Ça sent l’ambiance éthérée de Cat Power. Ça a le grain de Cat Power. Mais ce n’est pas Chan Marshall. Elle, c’est Emily Jane White. Moins hantée, mais également plus candide que la musique de son illustre prédécesseur, la jeune Américaine puise dans les méandres du folk, dans les sillons les plus profonds du blues, pour nous sortir ce “Sleeping Dead” tortueux et mélancolique.
Habitée et envoûtante par sa cadence à multiples vitesses, Emily Jane nous chante son rêve éveillé, accompagnée de sa fidèle guitare, seul support viable dans cet imaginaire alentour. Nous menant par la main, elle nous conte ses vastes chemins abandonnés, menant à ce paysage désolé et morne. Ce paysage c’est la vision de sa mort, celle dont elle rêva, celle qui la transcende à chaque détour de refrain. Cette mortalité, Emily Jane le ressent et nous la fait parvenir. Comme si nous devions lui tenir la main sur son lit de mort.
Alors que la nu-soul fait des émules avec les émergences starifiantes d’Amy Winehouse, Duffy et autres Adele, il en est bien une qui malgré sa discrétion n’en demeure pas moins l’une des grandes reines de la soul urbaine. Absente depuis quatre ans, occupée sur sa trilogie d’albums en préparation et la naissance de sa fille, la diva Erykah Badu n’a rien perdu de sa superbe. Imposante et subtile, cette voix granuleuse, dont l’emphase n’ébranle en rien sa prestance, revient avec un plaisir non feint jusqu’à nos oreilles.
En nous contant l’histoire et les déboires de la génération sacrifiée en Irak, Erykah Badu nous démontre sa constante capacité à nous éblouir par l’adéquation de sa personne, de sa musique et de son talent. Parvenant à mêler sa culture à celle de son environnement revient à pérenniser sa mystifiante musicalité au sein de sa propre culture. Héritière soul, elle est désormais la prêtresse de son dessein artistique, dignitaire et porte-parole sublime d’un idéal populaire.
Chaque jour, une chanson. Chaque jour, une évasion de quelques minutes. Parce que parfois, j'ai juste envie de partager, de faire défiler ce qui passe entre mes deux oreilles. Ecrire pour délivrer. Ecrire par rédemption. Entre passion et fascination, un idéal. Au bout du chemin, la liberté.
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Les mp3 proposés sont mis temporairement à disposition des internautes qui se seraient aventurés sur ce blog. Le but premier étant bien évidemment de promouvoir la musique et les artistes présentés, en faisant découvrir des fragments musicaux des oeuvres de ces musiciens. Si toutefois, en tant que détenteur des droits, vous souhaiteriez voir l'un des mp3 retiré et supprimé, joignez-moi par mail, et cela sera effectué immédiatement.